Le poème est dédié à Barbara, une jeune femme que le poète a croisée, un
jour (ce jour là) à Brest; un jour de pluie mais ce jour là la pluie n'empêchait pas le bonheur; elle allait à un rendez-vous d'amour, souvenir de bonheur que le poète lui demande de se rappeler (Rappelle-toi).
Epanouie ravie ruisselante (raggiante, rapita e grondante): les trois adjectifs souligne l’apparition lumineuse de Barbara qui, avec son sourire et sa beauté, représente la femme en général. La reprise des trois adjectifs du vers 4 a pour fonction de traduire l’émotion du jeune amoureux. Le poète est témoin de la scène et il prend parti pour les amoureux. Cette communion du poète avec les jeunes amants fait partie de la thématique prévertienne. L’anaphore.
«Rappelle-toi Barbara» traduit cette complicité et donne un caractère obsessionnel.
Le paysage est familier et il évoque la rue de Siam (ancien pays d’Asie, actuelle Thaïlande), le bateau d’Ouessant (v. n.36 - île au large de Brest avec un phare). Ces noms propres sont ancrés dans la vie quotidienne des Bretons.
A partir du vers 31 : l’image de la pluie n’est plus la banale représentation du climat océanique mais l’expression du bonheur amoureux qui inonde de sa force toute la nature.
Ce bonheur tranquille s’impose avec le ralentissement du rythme aux vers 31, 32, 33, 34, 35 et 36.
Pourtant, dès ce passage est introduite une note inquiétante au vers 35 : « l’Arsenal », dépôt d’armes. Peu à peu, le poème va se renverser. La guerre fait irruption dans le bonheur amoureux et le ton change. La familiarité du début s’efface.
Il y a donc deux parties antithétiques: le vers 38 les sépare «quelle connerie la guerre» (vocabulaire familier). La première dit le bonheur mais c'est du passé; tous les verbes sont à l'imparfait. La seconde c'est la désolation qui est présente , tous les verbes sont au présent.
Le poète montre l'horreur et l'absurdité de la guerre qui anéantit tout et exprime son impuissance face aux horreurs de la guerre.
Le poète s’indigne contre la guerre qui détruit l’amour et la condamnation anti-militariste s’exprime avec une violence inouïe (= jamais vue) dans la langue française puisque le poète n’hésite pas à employer un vocable argotique, par définition anti-poétique.
Il y a une métamorphose de l’image de la pluie qui dans ce cas est associé à la tristesse «il pleut sans cesse sur Brest» et la pluie est "terrible et désolée".
Cette fois le terme pluie désigne métaphoriquement la guerre --> bombardement. "pluie de fer", "d'acier de sang", "une pluie de deuil".
La mort introduit la séparation mais aussi le doute, l'incertitude : est il mort disparu ou encore vivant (vers 39/44).
Impossibilité de voir perdurer un amour pendant la guerre. Ce couple est emblématique de tous les autres couples détruits pendant cette guerre.
Dans la dernière part il y a l'expression d'une impuissance face à l'horreur.
Au-delà du drame amoureux, le spectacle des ruines de Brest, transformé en paysage de cauchemar, désespère le poète. Ce désespoir s’exprime par une métaphore et une comparaison. La métaphore se situe au vers 50 et n’est pas originale pour désigner la violence et le malheur (l’orage) car elle s’applique à la pluie. La comparaison est celle des nuages avec des chiens. On note le terme «crever»: crever comme des chiens est une autre expression familière et signifie "mourir".
